Lorsque les talents du cinéma prennent la plume pour écrire, ça donne une prose parfois très engagée. Comme celle de Sean Penn, qui en octobre 2002 écrit au président des Etats-Unis George W. Bush pour manifester son hostilité à la guerre en Irak.

Lorsque les talents du cinéma prennent la plume pour écrire, ça donne une prose parfois étonnante, lucide, cruelle, drôle, émouvante, dévoilant aussi quelques fois les coulisses de la création d’un film, l’humeur de l’intéressé(e)… En partenariat avec le site DesLettres.fr, nous vous proposerons au gré du Festival de Cannes quelques lettres écrites par certains cinéastes venus présenter leurs oeuvres sur la Croisette.

En compétition cette année pour The Last Face, qui évoque le destin de deux médecins d’une ONG dans un Libéria ravagé par la guerre civile, Sean Penn est un homme très engagé et impliqué, comme on a pu le mesurer lors du terrible tremblement de terre survenu à Haïti en 2010. En 2002, il écrit ainsi une lettre ouverte au président George W. Bush, pour lui faire part de son hostilité à l’intervention américaine en Irak.

“Je ne crois pas en une vision simpliste et incendiaire du bien et du mal…”

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19 octobre 2002

Monsieur Bush,

Bonjour monsieur. Comme vous, je suis un père et un Américain. Comme vous, je me considère comme un patriote. Comme vous, j’ai été horrifié par les événements de cette année, j’ai été inquiet pour ma famille et mon pays.

Cependant, je ne crois pas en une vision simpliste et véhémente du bien et du mal. Je pense que nous vivons dans un vaste monde plein d’hommes, de femmes et d’enfants qui luttent pour manger, pour aimer, pour travailler, pour protéger leurs familles, leurs convictions et leurs rêves. Mon père, comme le vôtre, fut décoré pour service rendu pendant la Seconde guerre mondiale. Il m’a élevé avec une croyance profonde en la Constitution et en la Déclaration des droits, telles qu’elles devraient s’appliquer à tous les Américains qui se sacrifieraient pour les préserver et, par principe, à toutes personnes humaines.

Nombreuses de vos actions à ce jour ainsi que celles que vous avez proposées semblent violer chaque principe fondateur du pays que vous dirigez : l’intolérance du débat (« avec nous ou contre nous »), la marginalisation de ceux qui vous critiquent, la promotion de la peur à travers une rhétorique sans substance, la manipulation de médias conciliants, et les tentatives de votre administration pour limiter les libertés civiles, tout cela contredit l’essence même du patriotisme que vous revendiquez. Il semble que vous gouverniez au travers de privilèges prétendument héréditaires. Regardez attentivement les médias qui vous supportent le plus passionnément. Voyez la peur dans leurs yeux tandis que qu’ils vous soutiennent d’une voix forte, teintée d’un accent historiquement catastrophique de rage et de panique qu’ils font passer pour un « franc-parler virulent ». Comme nous sommes loin de comprendre ce que c’est que de tuer un homme, une femme, ou un enfant, sans compter les « dommages collatéraux » qui touchent des centaines de milliers de personnes. Votre usage des mots, « c’est un nouveau genre de guerre », est souvent accompagné d’un étrange sourire”.

Exiger que l’on abandonne toutes les leçons précédentes de l’histoire pour vous suivre aveuglément dans le futur m’inquiète. Cela m’inquiète car, avec toutes vos meilleures intentions, un excèdent budgétaire a été gaspillé. Votre administration a virtuellement ignoré les soucis environnementaux les plus fondamentaux et ainsi, par conséquent, on en vient à croire que, comme vous semblez disposé à sacrifier les enfants du monde, vous seriez aussi capable de sacrifier les nôtres. Je sais que cela ne peut être votre but, ainsi je vous prie M. le président, d’écouter Gershwin, de lire des passages de Stegner, de Saroyan, et les discours de Martin Luther King. Rappelez-vous de l’Amérique. Souvenez-vous des enfants irakiens, de nos enfants, et des vôtres. Il ne peut y avoir aucune justification aux actions d’Al Qaïda. Ni aucune acceptation de la malveillance criminelle du tyran, Saddam Hussein. Pourtant, un bombardement en appel un autre, la mutilation appelle la torture, et le meurtre appel meurtre ; et ce schéma, seul un grand pays comme le nôtre peut y mettre fin. Cependant, les principes ne peuvent pas être abandonnés imprudemment ou avidement sous couvert de les préserver.

Eviter la guerre tout en garantissant la sécurité nationale n’est pas une tâche simple. Mais vous […]

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