A l’occasion de la sortie du documentaire “Amy”, centré sur la célèbre chanteuse Amy Winehouse décédée en 2011, AlloCiné a rencontré le metteur en scène Asif Kapadia.

AlloCiné : Vous avez réalisé un gigantesque travail d’archive pour retranscrire la vie tumultueuse de l’artiste. Comment avez-vous procédez,  quelles difficultés avez-vous rencontrés ?

Asif Kapadia : La première étape de ce documentaire a été le son, la partie audio. J’ai fait énormément d’interviews avec tout son entourage. L’idée était de rencontrer un maximum de proches ou de personnes ayant un lien avec elle. Je ne les ai pas filmées.  A vrai dire, beaucoup de ces personnes étaient très tristes,  se sentaient coupables ou en colère. Beaucoup d’émotions dans leurs témoignages. Ce n’est qu’à partir du moment où ils m’ont fait confiance qu’ils se sont mis à me donner de la matière, des souvenirs avec Amy. Des cassettes vidéo ou audio, des messages vocaux, des photographies…  Dès lors, on a tout rassemblé pour en faire une sorte d’immense mosaïque.

AlloCiné : Pour le montage, comment avez-vous procéder pour rendre un tel résultat ?

Asif Kapadia : Je travaille avec un excellent monteur, Chris King, nous avions déjà travaillé ensemble sur Senna. Ensemble, nous avons vite compris que la clé est de faire confiance à la documentation et à la matière dont l’on disposait. Au début bien sûr on doute, on se dit « cet extrait n’est pas bon, ça bouge trop », puis à force d’observation on finit par dire « en fait c’est très important, on doit l’utiliser ». On ne le sait pas tout de suite, il faut garder l’esprit ouvert et être patient. L’écriture du film s’est d’ailleurs faite lors du montage. Parce qu’une fois qu’on comprend l’histoire qu’on cherche à raconter, on comprend ce qu’on a envie de montrer. C’est pour ça que le montage a duré plus de deux ans. Il  fallait d’abord interroger les gens pour ensuite se dire « voilà, c’est ça qu’on veut montrer au public ».

AlloCiné : Justement, lors du montage, avez-vous ressenti de la frustration ? Des scènes que vous auriez aimé garder mais qui n’étaient pas exploitables par exemple ?

Asif Kapadia : Il y a toujours de la frustration dans ce type de travail, c’est un passage obligé. Il y a cette période entre les deux albums, après Frank et avant Back to Black, où là on a très peu de matière. Elle n’était pas dans les médias ou en concert, ses amis ne la filmaient pas… Et pourtant c’est une période charnière pour elle, elle change de manager, elle rencontre Blake son futur mari, puis vient la rupture, sa dépression…  Ça a été un vrai challenge de réussir à montrer ces années-là de la vie d’Amy.

AlloCiné : Quelle a été votre toute première rencontre avec l’univers D’Amy Winehouse ? Est-ce que ça s’est fait par le biais d’une chanson, à travers les médias, l’avez-vous rencontré ?

Asif Kapadia : Je ne l’ai jamais rencontrée en personne, ou vue de son vivant, mais je vis à Londres, dans le nord de la ville, j’ai vécu près de Camden pendant 10 ans… Je dirais que la première fois que je l’ai entendue, c’était en regardant un de ses concerts à la télévision. Je n’avais pas ses albums ni n’était un grand fan, mais je connaissais sa musique. Il me semble qu’on m’avait offert un de ses disques. Je connaissais donc sa musique mais pas elle particulièrement. J’ai tout appris en faisant ce film.

AlloCiné : Quels ont été votre approche et vos rapports avec  les proches et la famille d’Amy Winehouse ?  Comment les avez-vous convaincu de confier des détails d’une vie si tourmentée,  où chacun d’entre eux avait sa part et son rôle ?

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Asif Kapadia : Tout a commencé quand le producteur m’a appelé pour me demander si je voulais faire ce film, le label l’avait contacté. Donc ça a d’abord été avec eux, puis les pros de la musique, et enfin est venu l’écriture. On a aussi dû se battre pour avoir les droits d’utilisation des musiques d’Amy. On a fini par réunir tout ce petit monde et on leur a dit « écoutez, si  ce film se fait vraiment, vous devez nous laisser le faire nous-même, donnez-nous deux ans,  et on fera ce documentaire. » Et même si ça a été complexe et long, finalement tout le monde voulait raconter son histoire ou son expérience avec Amy.

Amy est très compliquée. Elle était tout et rien à la fois : très timide mais frimeuse, elle était forte mais aussi très vulnérable, tout ça en même temps.

AlloCiné : Comment vous définiriez vous dans ce projet,  que seriez-vous pour Amy si elle était toujours là ? Un fan, un conteur, un juge, un spectateur ?

Asif Kapadia : C’est une bonne question, originale, mais je n’ai pas la réponse… Elle me verrait probablement comme un journaliste… Et moi… Je lui dirais que je suis un gars du coin, de son quartier, qui vient d’en bas. Je lui dirais que je n’avais rien prévu. Je dois dire que j’adore tous les extraits d’elle jeune. Elle est drôle, j’aurais aimé la rencontrer et discuter avec elle, connaître cette Amy-là, je crois qu’on aurait vraiment pu s’entendre.

AlloCiné : Au début du film Nick Chimanski déclare « En une minute elle te donnait l’impression d’être très important pour elle, et, l’instant d’après, tu n’étais plus rien ». Comment expliquer qu’une femme si fragile et si forte, ayant un tel besoin d’amour, soit parfois si indifférente? Comment expliquez-vous ce paradoxe d’Amy ?

Asif Kapadia : Elle est très compliquée. Elle était tout et rien à la fois : très timide mais frimeuse, elle était forte mais aussi très vulnérable, tout ça en même temps. Nick l’a très bien résumé, il la connaissait par cœur. Il m’a raconté une histoire qui date d’avant le début de sa carrière. On lui avait demandé d’envoyer une démo audio. Nick lui disait « j’aime ta voix, j’aimerais que tu m’envoie une démo et j’aimerais t’enregistrer. » N’importe qui intéressé par la chanson aurait sauté sur l’occasion. Elle a passé des heures à dire non, à rejeter son offre. Elle disait « je sais ce que toi tu y gagnes mais moi dans tout ça ? Non, je ne le ferai pas, ça ne m’intéresse pas. » Deux semaines plus tard il reçoit une enveloppe, décorée avec des cœurs et très soignée, c’était la démo d’Amy, sur laquelle elle avait beaucoup travaillé. La minute d’avant elle refusait toute opportunité, et l’instant d’après, elle passait des heures sur cette enveloppe. Elle le voulait vraiment, mais elle n’arrêtait pas de dire le contraire. Ce paradoxe a été là toute sa vie.

AlloCiné : Quelle a été votre réaction quand on vous a annoncé la sélection à Cannes ? L’aviez-vous pressenti ou imaginé ?

Asif Kapadia : Pressenti non, mais vous savez c’est toujours le rêve ultime d’être à Cannes. Mais ici, le truc c’est que… Amy était une grande star, une des plus grandes, et Cannes les aiment, mais surtout,  pour moi, elle le méritait. Elle méritait sa place là-bas. Et puis on espère que le film va être assez fort, va marquer le public, ou en tout cas éveiller sa curiosité.  Et le film est devenu puissant. Alors on a pensé à Cannes, mais on ne peut jamais savoir.  Vous savez, il y a 18 ans j’ai fait un film, the Warrior, et nous avons été à Cannes.  On pense qu’on va revenir, on l’espère. Et aujourd’hui, je suis là avec Amy, et c’est juste hallucinant. Dans ce milieu on ne peut jamais savoir, rien n’est jamais acquis.

AlloCiné : Une chanson d’Amy Winehouse que vous aimez particulièrement ou qui vous définirais ?

Asif Kapadia : Moi, elle, ou le film ?

AlloCiné : Vous

Asif Kapadia : Je dirais que ma chanson préférée est Tears dry on their own. Je ne saurais pas dire si ça me définit en quoi que ce soit, mais j’adore cette chanson. Je ne pourrais pas me définir à travers une de ses chansons, pour la simple et bonne raison que c’était sa vie à elle qu’elle chantait. C’était tellement propre à elle-même ! Donc, j’aime ses chansons parce qu’elles parlent de sa vie. Dans le film, ce que je préfère, ce sont les versions acoustiques de ses chansons. Je préfère entendre ces versions là que les albums. Quand je n’entends qu’elle, avec sa guitare, je me dis « ça c’est elle ».

AlloCiné : Quels sont vos projets pour la suite ?

Asif Kapadia : Actuellement je travaille sur un film dramatique, donc je reviens à la fiction. Après, je ne sais pas, on ne sait jamais ce qu’on va faire par la suite, et je ne cherche pas à le prévoir. On verra.

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